Giona – Bras droit des dirigeants – Solky

La vision d'Isabel

Ma grand-mère paternelle était une femme exceptionnelle.
Forte, résiliente, profondément humaine.

Elle n’a pas vécu une seule vie…
Elle en a vécu plusieurs.

Née dans une Angola sous colonisation portugaise, elle comprenait le portugais, mais a toujours refusé de le parler.
Par choix.
Par identité.

Elle préférait le kikongo, sa langue natale.
Comme une manière de rester fidèle à qui elle était, malgré le contexte.

Aînée d’une grande fratrie, elle a très tôt endossé un rôle qui n’était pas encore le sien :
celui de mère.

Avant même d’avoir ses propres enfants, elle protégeait, elle veillait, elle portait.

Puis elle est devenue mère.
De plusieurs enfants.

Et avec cela… la réalité.

La pauvreté.
La précarité.
L’exil.

Elle a été réfugiée dans un pays voisin, où elle a continué à élever ses enfants, avec une force silencieuse, faite de bienveillance et de reconnaissance, malgré tout.

À la fin de la guerre, elle est rentrée chez elle.
Avec mon grand-père, ils ont acheté une parcelle.
Et ils ont construit.

Pas seulement des maisons.
Ils ont construit une stabilité.
Une base.
Un futur.

Mais elle ne s’est pas arrêtée là.

Chaque matin, elle achetait des cacahuètes et des bananes en gros.
Puis elle les revendait, pour nourrir ses enfants.

Elle faisait avec ce qu’elle avait.
Et surtout… elle observait.

Il restait un espace à l’entrée de la parcelle.

Alors elle a créé une boutique.

Pas seulement pour elle.
Mais pour tous ceux qui viendraient après elle.

Elle préparait elle-même des glaces.
Des jus de baobab.
Elle achetait, transformait, revendait.

Elle n’appelait pas ça “entreprendre”.
Mais c’est exactement ce qu’elle faisait.

Avec peu.
Avec courage.
Avec vision.

C’est une réalité bien différente de celle que nous connaissons en Europe.
Mais au fond… les fondations sont les mêmes.

Voir un besoin.
Créer une solution.
Agir.

Aujourd’hui, avec du recul, je comprends à quel point elle était visionnaire.

Elle n’a peut-être jamais mis de mots dessus.
Ou peut-être que si.

Mais elle nous a laissé bien plus qu’un souvenir.

Elle nous a transmis :

  • la résilience
  • le sens du travail
  • la capacité à créer des opportunités à partir de rien

Et surtout…
le courage d’agir, même quand tout semble incertain.

Elle est partie, emportée par le chagrin après la perte de deux enfants la même année.

Mais son empreinte, elle, est toujours là.

Vivante.

Dans ce qu’elle a construit.
Dans ce qu’elle a transmis.
Dans ce que nous devenons.

Merci pour ta bienveillance.
Merci pour ton amour.
Merci pour ta vision.

— Giona